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Penser par soi-même

Les dangers de la procréation médicalement assistée (PMA)

Vers un nouvel eugénisme ?

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Les dangers de la procréation médicalement assistée (PMA)

 


De faux problèmes
 

Le débat sur la procréation médicalement assistée (PMA) est souvent masqué par le problème que pose encore, hélas, l'homosexualité dans nos sociétés. Cette dérive est d'ailleurs dangereuse, car elle ravive l'homophobie dans la population et nous évite surtout de nous poser les bonnes questions.
Le problème de la filiation n'est pas aussi important qu'on veut bien le dire. Ne pas connaître son père biologique est-il le drame que l'on tente de nous dépeindre ? Beaucoup de gens l'assument et ne sont pas nécessairement empêtrés dans leur histoire personnelle, au point d'en être traumatisés. La figure du père ne se réduit pas à sa dimension génétique. Le manque de père sur le plan éducatif est par contre un véritable souci, à moins que la mère soit assez forte et ferme pour combler ce déficit. De telles mère existent bien sûr. Cependant, en qualité d'enseignant, il m'est souvent arrivé de recevoir des familles monoparentales et de voir des femmes seules, en pleurs, nous avouer être débordées par leurs enfants, surtout lorsqu'ils deviennent adolescents. Les jeunes garçons deviennent rapidement ingérables, lorsqu'ils intègrent la violence souvent mise en valeur dans les médias et qu'ils ne connaissent, malheureusement, que le rapport de force comme forme de communication.
De plus, la remise en question de la loi du père, héritée de la dictature patriarcale, entraîne une crise de l'identité masculine et il nous est difficile aujourd'hui de faire une différence entre l'autorité du père et de la mère.

Il est quand même nécessaire de rappeler que dans d'autres cultures, les sociétés n'ont pas toujours été fondées sur la famille ; l'éducation des enfants était à la charge de toute la communauté. C'est particulièrement vrai dans les débuts de l'humanité. Par exemple, mis à part les autres membres de la famille, c'est tous les habitants d'un même quartier qui devraient être solidaires les uns des autres dans l'éducation des enfants. Une société, organisée exclusivement autour de la céllule familiale, produit de l'isolement et facilite, d'ailleurs, la pression exercée par les pouvoirs politiques et économiques totalitaires. C'est ce type d'organisation sociale qui a engendré les sociétés totalitaires que nous avons connues au 20ème siècle, où les valeurs de la famille et de la patrie étaient exacerbées. Les communautés divisées en cellules familiales sont plus difficilement solidaires. Si toute la communauté était responsable des enfants, il n'y aurait pas de crise de l'éducation.

L'enfant objet



 
La science a le pouvoir aujourd'hui de mettre au monde des enfants sans passer par "l'amour" entre deux êtres et la sexualité. L'enfant, qui n'est pas le fruit de "l'amour" entre deux êtres, peut aussi bien devenir orphelin sur le plan psychologique, ou grandir comme un petit être dépendant du désir égocentrique des adultes, voire, un produit de consommation.
L'enfant ne peut pas non plus être un droit. Ce sont des états de choses, des statuts ou des objets qui sont des droits, mais certainement pas des êtres vivants et encore moins un enfant. Le droit est également lié à l'action. J'ai le droit, ou non, de faire certaines choses. J'ai même le droit, ou pas, d'agir sur quelqu'un. La légitime défense, par exemple, encadre ce droit. J'ai donc le droit de faire un objet ou un acte sur quelque chose ou quelqu'un. Lorsque l'enfant est considéré comme un objet, je me donne le droit de faire cet objet. Mais si l'enfant est considéré comme une "personne", un sujet au même titre que moi-même, suis-je en droit de le faire ? Puis-je faire un "sujet", une personne ?
Même lorsque l'enfant nait par les voies naturelles, il est souvent l'otage de ses parents. Bon nombre de gens mettent au monde un enfant pour donner un sens à leur existence qui, sans cela, leur paraitrait insuportable. Quand une existence se résume à travailler comme un esclave pour satisfaire l'avidité de quelques uns, quand l'âge commence à peser, notre vie nous parait bien vide. L'enfant est alors un objet qui vient palier nos échecs et nos manques. Inconsciemment, l'enfant se voit confier la charge de rendre heureux ses parents et de réussir là où ils pensent avoir échoués. Notons que dans les siècles passés, surtout dans les classes laborieuses, l'enfant n'était ni un droit, ni un choix. Il ne s'agit pas de revenir en arrière, mais de comprendre qu'un enfant est une lourde responsabilité.
La PMA n'est pas un problème en soi. Au contraire, elle est une aide lorsqu'elle permet à un couple de concrétiser le fruit de leur amour mutuel et c'est une bonne chose que de les y aider. En réalité, le souci se cache dans l'état d'esprit et l'intension qui président à notre volonté de donner le jour à un enfant. Ce désir, comme tous les autres, devrait être interrogé, par delà notre idéologie du droit et passer par le tamis de la "raison".
* Pourquoi voulons-nous des enfants ?
* Avoir un enfant, est-ce une fin en soi ?
* Dans un monde, où la démographie devient un problème, où les ressources planétaires, telles que l'eau par exemple, commencent à manquer, nous faut-il faire des enfants à tous prix ?
* N'y a-t-il pas d'autres manières d'enfanter, comme créer une oeuvre, se rendre davantage disponible aux autres, enseigner, s'engager...?
* N'est-il pas envisageable d'accepter la stérilité et de fonder notre existence sur d'autres valeurs que celle qui consiste à se reproduire ?
* Ne peut-on pas envisager d'adopter d'abord les enfants qui sont sans parents, plutôt que d'en vouloir exclusivement de sa propre chair ?
Selon les témoignages, l'adoption d'un enfant est un véritable parcours du combattant. La durée de la procédure, les évaluations sociales, psychologiques, les conditions d'accueil sur le plan familial, éducatifs et autres...sont autant de critères susceptibles de devenir des obstacles. Par contre, il n'est rien demandé à ces mères qui décident de se servir d'un homme, comme d'un étalon, pour mettre au monde un enfant et l'élever seule. Quelle est donc cette société où nous voulons des enfants, comme nous disposerions d'un bien, alors que bon nombre de petits humains sont laissés à l'abandon sur notre planète ?

Il y a deux questions essentielles, au moins, que nous devrions tous nous poser, car nous sommes généralement perdus dans nos sentiments :
* sommes-nous attachés à nos enfants ou les aimons-nous vraiment ?
* Si nous aimons véritablement nos enfants, pourquoi leurs laissons-nous un monde d'esclavage, de violence, où l'environnement, lui-même devient invivable ?
Si nous les aimons vraiment, engageons-nous beaucoup plus dans l'organisation de notre société, afin de leur léguer un monde suffisamment décent pour être vivable, plutôt que de nous enfermer dans un cocooning familial, dans un consumérisme débridé, ou bien devant nos écrans et nos réalités virtuelles.

Le "marché" du désir d'enfant
 

 
Le désir d'enfant est devenu un "marché" porteur et nombre de cliniques privées commencent à se frotter les mains devant ce qu'il pourrait rapporter, si les états assouplissaient leurs règles. Pour donner un exemple, Cryos, la plus grande banque de sperme, nous promet sur son site (1) de réaliser nos rèves en mettant en vente l'enfant sur catalogue. Bon nombre de gens fantasment sur la réussite économique et sociale, sur l'idée de rouler dans un superbe voiture, de trouver son prince ou sa princesse, d'avoir une belle maison et de beaux enfants. Des rèves qui ne vont pas bien loin et qui ne sont que des fantasmes conditionnés. Si l'enfant se réduit à une chimère consumériste, alors pourquoi ne pas désirer un objet de qualité. Avoir des enfants beaux, forts et intelligents, n'est-ce pas, au fond, le désir du plus grand nombre ? Si la science et le "marché" peuvent nous aider à le réaliser, pourquoi ne pas mettre toutes les chances de son côté et sélectionner les meilleurs gènes ? Après tout, on sélectionne bien le caractère génétique des animaux domestiques pour optimiser leur reproduction ? Pourquoi pas celui des mâles humain, pour obtenir le meilleur rendement ?
C'est prendre un énorme risque sur l'avenir, et nous verrons pourquoi plus loin, que de vouloir alléger les lois qui encadrent la PMA. Et d'ailleurs, qui doit décider ? Pourquoi interroger des comités d'éthique, dont le choix des membres est laissé à l'appréciation des seules instances dirigeantes ? Pourquoi ne pas interroger les citoyennes et les citoyens  par référundum ? Comme toujours, plutôt que de laisser le choix au peuple et lui permettre de penser par lui-même, on lui inflige des "spécialistes" pour réfléchir et décider à sa place. Il en est toujours ainsi lorsqu'il s'agit des grands enjeux pour notre société.
Si le désir d'enfant est un "marché", l'intention du gouvernement est-elle de le libéraliser ? Existe-il une industrie qui alimente ce "marché" et fait-elle du lobbying ? Si c'est le cas, quand on sait à quel point les politiques sont sensibles aux lobbies, alors il faut s'inquiéter. On nous annonce déjà, que dans le cadre institutionnel, la France ne dispose pas assez de gamètes, pour satisfaire en temps ordinaire tous les couples en difficulté. Etendre la PMA aux femmes seules, c'est faire exploser la demande. Devant cette pénurie de gamètes, ces femmes se tournerons, à coup sûr, vers le privé, qui n'attends que ce signal pour se frotter les mains.
Y a-til urgence à légiférer ? Sommes-nous dans une situatuion analogue à l'avortement, avant la "loi Veil", où de nombreuses femmes perdaient leur vie ou restaient mutilées, en tentant de faire passer l'embryon ? Pourquoi ne pas laisser le débat public se développer, entendre les spécialistes, débattre surt le sujet avec toutes les parties et permettre ainsi aux citoyens et citoyennes de se décider sereinement par référundum ?

Vers une fabrique totalitaire de l'enfant


Tout cela va bien trop vite et il y a quelque chose de plus sombre encore, qui risque de se développer de manière soutteraine et très insidieuse. Cette aspect le plus sombre est évidement masqué par les idéologies totalitaires qui tapissent le fond de certains partis politiques ou structures conservatrices. Ces derniers préfèrent nous égarer dans de faux problèmes, tels que l'homosexualité. C'est justement, parce qu'elles sont totalitaires, que ces organisations sont incapables de penser les dangers du totalitarisme liés à la PMA.
La PMA est sourtout, à long terme, un enjeux de pouvoir poilitique. J'en veux pour preuve un précédent dans l'histoire, celui des "Lebensborn", les couveuses nazies inventées par Heinrich Himmler pour cultiver la race aryenne. Ce n'est pas si loin et je ne pense pas que cela soit derrière nous. Le serpent ne fait que changer de peau. Nous ne l'avons pas vaincu.
Le pouvoir qu'a la science de séparer la reproduction de "l'amour" entre deux êtres et de faire fi de la sexualité est un réel danger. L'adoption par le parlement, d'étendre la PMA aux femmes seules, pourrait être une première étape. Il suffirait que les progrès de la science et de la technologie soient en mesure de créer des utérus artificiels, pour que la reproduction humaine échappe au contrôle des citoyennes et des citoyens. Qui déciderait des naissances : l'Etat, la super multinationale ? 
En ce qui concerne les organisations totalitaires, la reproduction, l'éducation et la formation des enfants sont des enjeux consdidérables. L'histoire nous a démontré que le libéralisme économiques peut s'allier aux pires dictatures. La fabuleuse ascention des partis d'extrême droite, dans la première moitié du 20ème siècle, a été largement favorisée par la finance et l'industrie et pas seulement allemande. Il s'agissait de stopper la progression des idées communistes en Europe. La prochaine dictature prend les allures d'un gigantesque complexe financier, industriel et politique mondiale. Les politicien(ne)s ne font plus que gérer les situations et les populations dans le cadre déjà fixé par les super multinationales et le "marché". La progression de l'extrême droite dans l'Union européenne, aux Etats Unis, au Brésil, en Israël 2..., ainsi que la montée en puissance des dictatures, comme en Chine ou en Russie, font basculer la gouvernance mondiale dans des logiques extrêmistes et liberticides. Nous savons que le discours anti mondialiste et anti financiste de l'extrême droite est de la poudre aux yeux. Mussolini et Hitler le proféraient aussi, ce qui ne les a pas empêché de trahir rapidement ce même discours pour bénéficier des largesses des financiers. Tout ce beau linge fini toujours par atterrir dans la même corbeille.
Il nous faut ajouter à cela les problèmes, sans précédents, liés à la crise écologique qui menacent l'avenir de l'humanité. L'indifférence des populations et l'irresponsabilité des gourvernements face à ces enjeux, pourrait bien obliger l'humanité à prendre, en dernier ressort et pour des raisons de survie, des mesures qui ne manqueront pas d'être arbitraires. La prochaine dictature risque bien d'être à la fois financière, industrielle, d'extrême droite et écologiste. Ce sera la totale ! Ses moyens de repression seront redoutables, à la pointe des sciences et de la technologie. Sachons déjà que notre cerveau est étudié (neuros sciences) pour mieux le contrôler, que les données que nous laissons sur les réseaux de communication, servent à créer des algorithmes, puis des fichiers pour mieux nous surveiller et anticiper nos actes. N'oublions pas les caméras. Souriez, vous êtes filmés, tracés et localisés. Hitler en aurait rêvé. Dans de telles conditions, soyons sûrs que les problèmes démographiques et l'épuisement des ressources naturelles ne seront pas traitées par l'amélioration des conditions sociales et l'éducation. Ces problèmes seront réglés par la sélection et l'élimination de celles et ceux qui ne correspondront plus aux normes économiques et sociale du système. Puisque la science et la technologie permettront de fabriquer de l'enfant humain, sans passer par la copulation sexuelle, ce système pratiquera l'eugénisme. Il sélectionnera l'humain à la naissance et le produira selon les nécessités du "marché", les ressources naturelles, les normes et les critères de docilité de la dictature politique.
Comme on le voit, tous les feux sont au vert et le risque de faire émerger une dictature planétaire se précise.
Le progrès n'est pas le progressisme aveugle et il serait peut être temps de faire une pose, afin de réévaluer la société que nous sommes en train de construire. Est-il bien indiqué, actuellement, d'alléger les règles en matière de Procréation assitée ? Le cadre politique et économique actuel, potentiellement totalitaire, fondé sur l'égoïsme et l'avidité 3, n'est certainement pas favorable à une utilisation raisonnée des sciences et des technologies. La société sans père aujourd'hui, sera également sans mère demain.
Il serait utile de relire les grandes oeuvres d'anticipation, comme celle d'Aldous Huxley "Le meilleur des mondes".
Consultons nos vieux sages : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." Rabelais 4

Bruno Magret

1) https://dk-fr.cryosinternational.com/
2) Le Point international : "Israël s'ancre à l'extrême droite",
https:/www.lepoint.fr/monde/israel-s-ancre-a-l-extreme-droite-26-05-2016-2042324_24.php
3)
l'idélogie néo libérale nomme cela la liberté, comme si les individus esclaves de leurs pulsions étaient des êtres libres.
4) François Rabelais : "Pantagruel"

bruno le 08.10.18 à 19:43 dans > Mes réflexions sur des sujets d'actualité - Version imprimable
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